Réalisation : Tracey Deer
Scénarisation : Tracey Deer et Meredith Vuchnich

La cinéaste Mohawk Tracey Deer est la réalisatrice, co-créatrice et co-scénariste de la célèbre comédie dramatique Mohawk Girls qui a reçu, au cours de ses 5 saisons à l’antenne d’APTN, de nombreuses nominations et plusieurs prix, incluant quatre nominations consécutives aux Prix Écrans Canadiens pour Meilleure Réalisation - Comédie pour Mohawk Girls. Elle a reçu l’Hommage Diamant Birks du TIFF en 2016. Tracey termine son premier long métrage Beans (2020), qui raconte l'avènement à l'âge adulte d’une jeune Mohawk durant la crise d’Oka et qui est inspirée de sa propre expérience des événements. La production a eu lieu en 2019 après son retour de Los Angeles, où elle a co-écrit deux épisodes de la série Netflix/CBC Anne with an E. Tracey préside le Conseil d'Administration de Women in View, un organisme à but non lucratif qui fait la promotion de la diversité et de la parité dans les productions médiatiques canadiennes. Elle parraine plusieurs talents émergents en tant que leader du Director Training Program offert par imagineNATIVE Film & Media Arts Festival. Elle est aussi invitée régulièrement à participer à la programmation de New Indigenous Voices et IndigiDocs au National Screen Institute.

Beans

2020

Beans, 12 ans, est au bord du gouffre: prise entre sa naïveté d’enfance et la délinquance de l'adolescence; elle doit se transformer rapidement en guerrière mohawk, une warrior, alors que la nation Mohawk doit défendre ses terres ancestrales durant la crise d'Oka qui a déchiré le Québec et le Canada pendant 78 jours tendus durant l'été 1990.

Notes de la réalisatrice

Je porte ce projet depuis des années. J'étais Beans. J'avais douze ans lorsque j'ai vécu la confrontation armée entre mon peuple, la nation Mohawk; et la police provinciale du Québec et l'armée canadienne. La crise d'Oka. La nation Mohawk de Kanesatake et Kahnawà:ke a résisté à un redoutable intimidateur - et a gagné. Cet été-là, j'ai décidé de devenir cinéaste et je me suis promise de raconter un jour cette histoire.

Les Canadiens n'ont pas vécu cet été comme nous l'avons vécu. Dans les médias, nous étions des terroristes. Nos voisins nous ont attaqués. Nos droits humains fondamentaux ont été violés. Et au lieu d'offrir leur protection, la police provinciale et l'armée canadienne ont braqué leurs armes, nous mettant dans leur ligne de mire. Ça vous dit quelque chose? Trente ans plus tard, ces mêmes scènes jouent sur nos écrans de télévision alors que les gens revendiquent pour la justice raciale et sociale à travers l'Amérique du Nord. Comme avant, ils retrouvent une confrontation violente, au lieu de bras ouverts.

Avec ce film, je veux que les Canadiens et le public du monde entier fassent l'expérience de ce que c’est que d'être au centre de tant de haine et de colère, et de ce que l'impact destructeur que cela a eu sur moi et mon peuple. Ces types d'expériences détruisent l'innocence, la confiance et l'espoir. Même si ce film se déroule en 1990 et montre à quel point la situation était mauvaise, ces messages d'intolérance, d'ignorance et d'indifférence sont toujours entendus haut et fort à travers le pays aujourd'hui. Nous le vivons tous les jours. Comme une infection, la haine et la colère se propagent et se multiplient des deux côtés. Nous devons arrêter ce cycle de violence pour empêcher la prochaine génération de répéter les erreurs de notre passé et, honteusement, de notre présent.

Au cours de cet été-là décisif et effrayant, j'ai appris de terribles leçons : le monde était dangereux, ce qui me distinguait faisait de moi une cible et cela réduisait ma valeur à un tel point qu’il était acceptable de me faire du mal. On avait prédéterminé mon rôle en tant qu'autochtone dans ce pays. C’est un nuage très sombre sous lequel j’ai tenté de grandir et prospérer. Par la suite j’ai dû faire un long chemin vers la guérison. Je travaille très fort à chaque jour pour pouvoir vivre à plein et profitez de ma vie. Mais les blessures de mon passé me hanteront toujours.

Pendant longtemps, je me suis sentie invisible, sans importance. Aujourd’hui, de pouvoir donner une voix aux expériences, aux pensées, sentiments, rêves et peurs de mon peuple à travers l’histoire de ces personnages m’a redonné la valeur. Cela me permet d’honorer mon peuple et de célébrer notre résilience.

Je veux que nos enfants puissent grandir avec la confiance qu'ils sont en sécurité dans ce pays - et que leur vie et leurs rêves sont importants. Pour que cela puisse être vrai, les Canadiens doivent se mobiliser. J'ai fait ce film pour les inciter à ouvrir leur cœur et à retourner dans leur vie quotidienne en tant qu'alliés des peuples autochtones. Nous avons besoin de leur amitié, de leur soutien et de leur action pour que notre société change pour le mieux.

Je veux que tout mon peuple puisse prospérer, pas simplement survivre. C’est pour cette raison que je raconte des histoires.

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